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La Dame de trèfle - Film (2010)

Film de Jérôme Bonnell Policier 1 h 40 min 13 janvier 2010

Aurélien et Argine n'ont jamais réussi à se quitter. Frère et soeur, ils vivent ensemble depuis toujours. Aurélien arrondit secrètement leurs fins de mois en fourguant du métal volé. Argine n'y voit que du feu.
Une nuit, survient Simon, complice d'Aurélien. Traqué par la police, il réclame de l'argent et se révèle vite menaçant. Pour Aurélien c'est l'engrenage. Ou la rencontre avec sa propre violence.

Film La Dame de trèfle - Film (2010)
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Alors qu’il se manifeste désormais davantage dans la comédie dramatique (avec les réussis Temps de l’aventure et A trois, on y va), Jérôme Bonnell tenta à ses débuts une incursion du côté du polar.

C’est avant tout à la restitution d’une atmosphère qu’il s’attèle : dans les bas-fonds d’une France grise et populaire, ses bars, ses petites escroqueries et sa population abimée, un couple surnage. Lui s’acoquine avec plus gros poisson que lui dans un vol de cuivre tandis qu’elle passe d’un homme à l’autre dans les brumes de l’alcool. Le spectateur met un certain temps à comprendre qu’ils sont frère et sœur, et cette ambiguïté est l’une des poisseuses efficacités de ce film noir. La trajectoire est double : d’un côté, la descente aux enfers suite au braquage foiré de l’acolyte, contraignant Aurélien (Malek Zidi, intense et angoissé) à dépasser la ligne jaune, de l’autre, la rébellion permanente d’Argine (Florence Loiret Caille, pavé punk dans la mare, impressionnante) qui joue avec le feu et se consume à grande vitesse.

Si le scénario n’est pas particulièrement original, il mêle habilement les destinées et les caractères complémentaires des deux protagonistes. La mécanique du pire est bien menée, et la tension résultant des maladresses de l’un de l’imprévisibilité de l’autre enclenche une tonalité tragique plutôt efficace. Dans ce marasme où les seules résolutions semblent l’avortement ou le meurtre, les traits sont quelque fois un peu forcés, mais l’idée de pousser les situations dans leurs retranchements est assumée pour permettre une libération future des personnages : de ce point de vue, la catharsis est à l’œuvre, et Bonnell parvient à la construire de façon convaincante. Il le sera cependant bien plus dans l’exploration de sentiments plus modestes sur ses films suivants.

(6.5/10)