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Un jeune poète - Film (2015)

Film de Damien Manivel Aventure, comédie et drame 1 h 11 min 29 avril 2015

Rémi rêve de devenir poète. C'est dans la ville de Sète qu'il peine à trouver l'inspiration pour commencer l'écriture de ses poèmes.

Film Un jeune poète - Film (2015)
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Des cinéastes tels que Kubrick, Bergman ou encore Antonioni ont souvent mis en avant le thème de l’échec de la communication. Si Damien Manivel ne s’élève pas à leur niveau, celui-ci propose une variation plutôt plaisante de ce thème. Ici, l’échec est de plusieurs ordres : d’abord l’échec de la communication des sentiments de Rémi pour Léonore : s’il est bien évidemment séduit par celle-ci (la fixité de la caméra laisse une grande place au corps des acteurs, ce dernier transmettant bien des émotions), un malaise s’installe, l’expression des sentiments ne se fait que difficilement ou alors très maladroitement : la tirade de la déclaration « d’amour » est à ce titre révélatrice, Rémi s’enfonçant dans un puits sans fond (vraiment, c’était gênant d’assister à cette chose). L’échec est d’un deuxième ordre, celui du rapport entre la poésie et son spectateur : A plusieurs reprises, le personnage principal tente tant bien que mal d’expliquer sa poésie à des personnages lambdas : l’un associe celle-ci à un domaine d’abstraction extrême (« Au-dessus c’est le soleil », dit-il avec un accent sudiste), l’une demande au jeune poète de transformer des pensées et des évènements en vers, comme si la poésie et l’inspiration était spontanée et absolue, l’autre tente, au contraire, de vulgariser la poésie à travers des émotions : « Ils sont comment tes poèmes, tristes, joyeux ? ». Au-delà de ça, c’est donc un échec entre le poète même et son spectateur, le spectateur étant parfois aussi un élément de la poésie, Rémi s’inspirant une ou deux fois de l’activité des gens qu’il rencontre. Mais, plus important encore, l’échec de la communication se trouve surtout entre le poète et la poésie elle-même, sa poésie. Une analogie très intéressante se trouve en début de film, lorsque le jeune poète parle à un pécheur, qui lui dit que la pêche n’est pas bonne cette année, lui confiant son incompréhension quant à ce manque de poisson. On peut aisément interpréter ce dialogue comme une métaphore du manque d’inspiration du poète, qui essaie par conséquent de la trouver par d’autres moyens : au travers d’un « fantôme » (je ne fais que reprendre le nom affiché au générique) qui se manifeste dans un cimetière, lieu de recueillement par excellence, qui peut donc paraître stéréotypé, et dans le classique écueil de l’alcool comme source d’inspiration (que Baudelaire avait pourtant démystifié). L’accomplissement du personnage principal en tant que poète, c’est cela, le véritable échec que le film retranscrit.