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Wildlife : une saison ardente - Film (2018)

Film de Paul Dano Drame 1 h 45 min 19 décembre 2018

Dans les années 60, Joe, un adolescent de 14 ans regarde, impuissant, ses parents s’éloigner l’un de l’autre. Leur séparation marquera la fin de son enfance.

Film Wildlife : une saison ardente - Film (2018)
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Premier passage derrière la caméra pour le comédien Paul Dano, Wildlife aborde un récit adapté de Richard Ford qui semble entrer en résonance avec cette initiation : celle d’un adolescent projeté dans l’âge adulte par un double prisme, celui de la découverte de la photographie et le constat de l’implosion de la cellule familiale.

Tout est question de point de vue : le jeune homme qui cherche à cadrer le monde qui l’entoure, et particulièrement des clients venus immortaliser leur sourire, apprend à ses dépends que ce sont les limites d’une expression qui en définissent l’essence. A l’image manquent le son, le montage et les ellipses, autant d’éléments qui vont, dans le récit encadrant, construire une partie déterminante et tristement structurante de sa destinée.

Car dans cette petite ville d’un Montana souvent magnifié par la pellicule, l’heure est à l’ébullition. Les années soixante font miroiter à la mère la promesse d’une émancipation qui fait bouger les lignes. Wildlife est de ce fait avant tout un portrait de femme, admirablement porté par la performance de Carey Mulligan, qui parvient à trouver le point d’équilibre entre cette légitime aspiration à la libération et les dérives que cette permissivité peuvent aussi engendrer. Le mari, relégué à l’arrière-plan, ne peut plus fonctionner comme modèle, et ce dans une conjoncture d’autant plus ironique qu’il déserte le foyer familial pour pouvoir, très loin, le nourrir par une besogne ardue.

Mais la question du point de vue demeure : cet univers des adultes qui se fissure est regardé par celui qui saignera peut-être le plus de ces béances. Wildlife propose ainsi une cruelle école du regard : d’un côté, les portraits de l’échoppe qui figent les apparences d’une vie heureuse ; de l’autre, le cadrage extrêmement étudié du home bittersweet home, dans lequel les silences et les sourires, les messes basses et les dissimulations sont accueillies avec la passivité imposée de l’enfant impuissant.

Sur le plan strict du récit, il n’y a rien de particulièrement original à attendre de cette Wildlife qui ne l’est pas tant que ça, même si les sursauts de la fin tentent avec un peu de maladresse d’en hisser la portée cathartique. Les adultes peinent à endosser la posture de la maturité responsable, la société fait toujours régner l’ordre par un patriarcat capitaliste, à l’image de ce nouveau prétendant qui instille un malaise que le garçon va particulièrement bien figurer. Pourtant, le monde vaut encore la peine qu’on le contemple, et l’apprenti photographe ne désespère pas pour autant de représenter sa parcelle de territoire : c’est ce que dit cette belle séquence de portrait de famille finale, établissant, dans sa maladresse comme sa ténacité, le rôle attribué à l’image (photographique, et par extension, cinématographique) : qu’elle soit idéalisée, nostalgique, factuelle, ou cruelle, there’s always more to the picture than meets the eye.