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Oliver Stone - Les États-Unis, l'Histoire jamais racontée - Série (2012)

Série de Oliver Stone et Peter Kuznik Guerre, historique et documentaire 1 saison (arrêté) Showtime 45 min 12 novembre 2012

Les Etats-Unis : superpuissance mondiale, terre de liberté, empire économique. Quels sont les événements qui ont contribué à écrire l’histoire de cette grande Nation ? Créée, produite et narrée par le réalisateur Oliver Stone, cette série documentaire dévoile l’histoire américaine de la Seconde Guerre Mondiale à nos jours comme elle ne nous a jamais été racontée : une oeuvre qui est le résultat d’un travail imposant de recherche et de documentation. L’histoire que les manuels nous racontent, relue et analysée avec des yeux différents, en se concentrant sur des événements notables, souvent négligés, et en remettant sur le devant de la scène des héros qui ont été oubliés.

Film Oliver Stone - Les États-Unis, l'Histoire jamais racontée - Série (2012)
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Ce qui nous intéressait, c’était de comprendre d’où vient l’arrogance américaine, pourquoi les Etats-Unis se donnent le rôle d’intervenir dans le monde. Oliver Stone

On a coutume de dire que c’est avec ce qu’on aime le plus que l’on est, en parallèle, le plus critique. Si l’on s’en tient à ce principe, il ne fait aucun doute que Stone est totalement fondu de son pays. Car pour ce qui est de critiquer, le Monsieur se place en tête de peloton. On ne compte plus ses longs métrages qui, sous couvert de fictions, mettent à mal la société et la politique américaines.

Jugeant peut-être cette contribution insuffisante, il se lance dans la production et la réalisation d’une série documentaire de 10 épisodes, en collaboration avec un historien, Peter Kuznick, et après 4 années de travail, de recherches et de recoupements, nous livre, en 2012, Une autre histoire de l’Amérique. Toute en images d’archives, interviews télé et radio, multipliant les cartes pour aider à la compréhension des propos tenus par Stone narrateur (Philippe Torreton dans la version française), le réalisateur apporte sa patte unique en agrémentant sa série d’extraits de séries et de films qui illustrent parfaitement ses idées.

Mais qui dit Oliver Stone dit partialité. Et c’est avéré. On frôle parfois même la propagande. Toutefois, loin d’être dénué d’intérêt, ce travail, au contraire, fait figure de contrepied parfait à la mélasse qui nous est régulièrement servie. Le réalisateur, démarrant sa série par la 2nde guerre mondiale, s’attarde sur les relations diplomatiques des USA avec ses alliés et ses ennemis, mais surtout pointe du doigt le travail de propagation de cet « empire » dans le monde et les manières, au mieux peu orthodoxes, au pire détestables, d’y arriver. De l’inutilité du largage des bombes atomiques sur le Japon à la création de la CIA, avec toutes les opérations secrètes qu’elle opéra en Amérique du Sud, mais aussi au Moyen-Orient, en Afrique ou en Asie, du Maccarthysme à la crise de Cuba, des immondes guerres du Vietnam ou d’Afghanistan à l’ère du terrorisme, qui n’a en rien freiné les velléités d’un pays souffrant apparemment d’un très grand complexe de supériorité, ce documentaire passe au crible 75 ans de décisions et de comportements qui ont contribué à modeler le monde dans lequel nous vivons.

Démystifiant certains « héros » comme Truman, Reagan ou Obama, Stone préfère mettre en avant des personnalités oubliées, voire ignorées, comme Vassili Arkhisov, officier de l’armée russe qui certainement empêcha une énorme catastrophe nucléaire lors de la crise des missiles de Cuba, mais surtout Henry Wallace, qui fut vice-président de Roosevelt, et dont l’ombre plane sur toute la série. Wallace, un humaniste, progressiste (trop, pour certains), militant pour la paix, l’égalité hommes-femmes et les droits civiques.

Certains parlent du siècle de l’Amérique. Je pense que le siècle dans lequel nous entrons, le siècle qui commencera après la guerre, peut être et doit être le siècle de l’homme ordinaire (…) Le destin des peuples anglophones est de servir le monde, non de le dominer

Celui que Stone aime rapprocher du Mr Smith de Capra, fut victime en 1944 d’une fraude hallucinante lors de l’élection pour élire le chef du Parti démocrate. Stone aime à penser que cette élection, remportée par Truman, qui devint par la suite le nouveau vice-président, a peut-être changé la face du monde. Si Wallace était devenu Président à la mort de Roosevelt, peut-être qu’il n’y aurait jamais eu d’Hiroshima et Nagasaki et peut-être qu’il n’y aurait pas eu de guerre froide. Peut-être. Mais tout n'est que fantasme, vision totalement subjective. Wallace aurait peut-être subi des pressions, aurait peut-être été trompé par ses conseillers. Peut-être. De toute façon, avec des si … le PSG aurait déjà gagné la Champion’s league et Hanouna serait doté d’un cerveau digne de ce nom. Le fait est que le monde s’est tapé Truman …

Et après avoir ingurgité 9 épisodes relatant presque 60 ans de cette politique impérialiste parfois (souvent) nauséabonde, il est juste formidable, en ouverture de l’ultime volet, de voir Georges W. Bush, au lendemain des attentats du 11 septembre, demander avec toute la naïveté (ou la connerie ?) du monde :

Pourquoi nous haïssent-ils ?

Georges, très cher Georges, même toi, en réfléchissant un tout petit peu, tu peux comprendre. Fais un effort : cette politique menée à grands coups de bombes dans la tronche, de coups d’état, de renversements de régime, saupoudrée de propagande médiatique et agrémentée de tours de passe-passe dignes d’un Copperfield au meilleur de sa forme (admirable Colin Powell aux Nations Unies), expliquent, peut-être, ce qui a bien pu arriver. Et puis, Georges, si tu avais lu Chomsky, tu ne poserais pas la question :

Chacun se sent concerné par la lutte contre le terrorisme. Il y a un moyen simple de le stopper : arrêtons d'y participer

Certes, cette série ne sera pas truffée de révélations pour peu qu’on s’intéressait déjà à l’histoire contemporaine américaine avant de la regarder. Mais une piqûre de rappel n’est jamais du luxe. Et Martin Luther King, qui avait déjà tout compris et se désolait :

Si l’âme de notre Nation continue à se gangrener, l’autopsie révélera le mot Vietnam. Une nation qui, année après année, dépense plus pour la défense militaire que pour des programmes sociaux est une nation à l’agonie spirituelle. L’agitation sociale est néfaste pour nos investissements. C’est pourquoi notre pays lutte contre la révolution au Guatemala. C’est pourquoi nos hélicoptères combattent les guérillas au Cambodge. Et c’est pourquoi nos bérets verts bombardent les rebelles au Pérou. Ils m’ont rappelé que notre pays recourait à la violence pour résoudre ses problèmes et imposer sa loi. Leurs remarques ont résonné en moi et j’ai su que je ne m’opposerai plus jamais à la violence des opprimés dans les ghettos, sans d’abord avoir remis en cause le plus grand pourvoyeur de violence au monde, mon propre gouvernement

que dirait-il aujourd’hui …